© Konstantin Youganov | Fotolia 

Pour que l’enfant s’approprie le moment du coucher de manière sereine, il doit savoir que le sommeil est quelque chose de positif pour lui, qu’il est en sécurité dans son lit et que vous avez confiance en lui.

Insomnies du jeune enfant et de l’enfant d’âge scolaire

Refus du coucher et difficultés d’endormissement

C’est le même scénario tous les soirs. Votre enfant refuse d’aller se coucher et vous supplie de le laisser rester avec vous sur le canapé du salon. Cris, pleurs, hurlements… Lorsque l’heure de son dodo arrive, toute la famille vit un vrai calvaire. Votre bébé est-il capricieux ou souffre-t-il d’un réel trouble de sommeil ? Pas toujours évident de faire la part des choses.
Le refus d’aller se coucher peut-être secondaire à l’installation progressive de mauvaises habitudes de sommeil. C’est aussi un moment où un enfant peut tester ses parents, en cherchant à repousser les limites fixées… (peut-être le fait-il aussi dans la journée ?)
Parfois aussi, l’horaire de coucher est inadapté : trop tôt, votre enfant peut avoir du mal à s’endormir et peu à peu craindre cette attente pendant laquelle il s’ennuie… trop tard, il a pu lutter contre le sommeil, ce qui peut aboutir à un certain énervement qui n’est pas propice à l’endormissement. Ces situations peuvent générer de l’angoisse et de l’incompréhension.
Dans les insomnies dites « conditionnées », les enfants n’ont pas appris à s’endormir seuls. En exprimant des peurs, ils s’assurent accompagnement et réconfort au moment du coucher. La présence du parent est rendue nécessaire lors du coucher, dès la mise au lit et jusqu’à l’endormissement. Les rituels de coucher sont prolongés de façon excessive et deviennent de ce fait peu efficaces. L’insomnie conditionnée empêche l’enfant d’apprendre à s’endormir seul. L’autoriser à s’endormir dans le lit des parents est, pour cette raison, fortement déconseillé, car l’enfant est alors dans l’impossibilité de gagner une autonomie qui lui est pourtant nécessaire face à la situation du coucher.

Enfin, s’il souffre d’un trouble du sommeil (cauchemars récurrents, difficultés d’endormissement…), l’enfant peut aussi redouter le moment du coucher.

L’apprentissage du sommeil est déterminant. Il n’est pas nécessaire de maintenir une lumière, même de faible intensité (comme une veilleuse, par exemple) dans la chambre du bébé. Il n’a pas peur du noir. Au contraire, l’alternance lumière/obscurité facilite l’endormissement. Mais sécuriser son enfant dans le noir oblige parfois le parent lui-même à se confronter à nouveau à sa propre peur du noir. Si pour certains, cela ne pose aucun problème, d’autres au contraire, projettent plus volontiers leurs propres inquiétudes.

Attention, penser que le protéger de sa peur en restant près de lui ou en le laissant dormir avec vous ne fait que renforcer son idée qu’il existe quelque chose de dangereux à s’endormir seul.

Certains enfants développent ainsi de réelles phobies lors du coucher. Chez les plus âgés, la peur d’être le dernier à s’endormir est fréquente et peut induire un état de panique à l’idée que personne ne puisse leur répondre ou leur porter secours.

Les peurs diverses

L’enfant plus âgé est de plus en plus conscient de son environnement. Apparaissent alors les peurs du noir, des monstres ou autre « méchant loup » ! Autant de raisons pouvant justifier le refus du coucher. Le rôle des parents est de pouvoir mettre l’enfant en confiance lors du coucher. Le convaincre qu’il peut s’endormir seul dans l’obscurité sans crainte, sera indéniablement un facteur de sécurité.

Pour que l’enfant s’approprie le moment du coucher de manière sereine, le sommeil doit lui être enseigné comme un comportement positif et non comme une situation de séparation difficile ou un moment conflictuel, et lui montrer qu’il est en sécurité dans son lit et que vous avez confiance en lui.
Il convient donc plutôt de rassurer l’enfant, en l’écoutant attentivement pour comprendre ce qui lui fait peur. Cela peut être, par exemple, un monstre en 3D au pied de son lit ; ne pas réfuter qu’il a vu un monstre, mais lui expliquer que c’est son esprit prêt à dormir qui l’a fait apparaître. En effet, il a pu avoir des hallucinations hypnagogiques, ce qui est normal chez l’enfant de 3-4 ans. Il s’agit d’illusions apparaissant au moment de l’endormissement, véritables « rêves éveillés ».
Il faudra alors chercher avec lui des solutions pour le chasser symboliquement, mais efficacement. Un dessin le représentant jeté à la poubelle, peut finir la discussion. La peur peut aussi être la continuité de craintes cumulées dans la journée. Si le comportement de votre enfant s’est modifié avec des moments de repli, des colères intenses, une certaine agitation, un manque d’appétit, il conviendra d’évoquer un malaise psychologique plus profond et de prévoir une consultation chez un pédopsychiatre ou un psychologue.

Les thérapies comportementales (voir “Que faire en cas de difficultés”) mettent en place un véritable entraînement qui intègre tous les paramètres, y compris celui de l’environnement du sommeil. Elles habituent l’enfant à son propre lit, diminuent la charge anxieuse associée à sa chambre, mais permettent également de modifier les attitudes parentales qui ont parfois tendance à entretenir inconsciemment le fait que l’enfant soit dépendant de ses parents pour s’endormir. .

Les parasomnies

Les parasomnies sont des comportements anormaux survenant pendant le sommeil. Elles peuvent être moteurs (le sujet bouge), verbales (il parle) ou sensorielles et sont classées en fonction du moment de leur apparition au cours du cycle de sommeil. Chez l’enfant, il s’agit de manifestations tout à fait bénignes, qui ne deviennent anormales que si elles se répètent trop souvent.

Les cauchemars

Les cauchemars (mauvais rêves) peuvent apparaitre tôt entre 1 ou 2 ans. Ils surviennent souvent en milieu ou fin de nuit. Les cauchemars peuvent devenir problématiques lorsqu’ils sont fréquents : plusieurs fois par semaine, éventuellement toujours sur le même thème. Après un cauchemar, l’enfant est réveillé et encore tout effrayé de ce qu’il vient de vivre.
Des cauchemars isolés, avec des contenus variables ne sont pas des signes d’alerte et surviennent de manière habituelle chez les jeunes enfants. Le problème apparaît lorsqu’ils sont récurrents car ils peuvent entraîner la crainte d’aller au lit. Dès 5 ans, il est possible en consultation de travailler avec l’enfant en le faisant dessiner ou modeler avec de la pâte à modeler, ou mimer son mauvais rêve. Dans tous les cas, l’objectif est d’aider l’enfant à transformer le cauchemar en un rêve qui se finit bien ou de le faire disparaître.

Les troubles de l’éveil ou parasomnies du sommeil profond

Les terreurs nocturnes, les éveils confusionnels et le somnambulisme sont des troubles très fréquents chez l’enfant. Ils correspondent à un phénomène d’éveil partiel en phase de sommeil lent profond.

Les terreurs nocturnes

Les terreurs nocturnes se traduisent par un « éveil » brutal (en fait l’enfant n’est pas vraiment réveillé) souvent accompagné par un cri et des pleurs. L’enfant s’assoit sur son lit, les yeux sont grands ouverts, il semble en proie à une terreur intense. Il est couvert de sueur, sa respiration est forte, saccadée, son cœur bat vite. Il peut sauter du lit. Il ne répond pas quand on lui parle, ne reconnait pas son entourage. Il peut prononcer des paroles incohérentes. Les essais pour le réveiller sont souvent infructueux et peuvent entraîner des réactions agressives ou provoquer un réflexe d’échappement hors du lit. Elles durent de 1 à 20 minutes puis l’enfant se rendort. Les terreurs nocturnes sont relativement fréquentes entre 4 et 8 ans (presque 15% des enfants de moins de 10 ans en ont fait de façon occasionnelle). Les terreurs nocturnes répétitives sont plus rares (environ 1 à 3% des enfants de moins de 15 ans). L’épisode est généralement unique durant la nuit.

Les éveils confusionnels

Très souvent confondus avec les terreurs nocturnes, ils sont fréquents chez l’enfant de moins de 5 ans. Ils surviennent lors d’une sieste ou en début de nuit et peuvent se répéter durant cette dernière. Progressivement, l’enfant grogne, pleure puis il s’agite et peut sortir de son lit, il repousse celui qui cherche à le consoler. L’enfant semble réveillé mais en réalité dort profondément. Ces accès peuvent durer de quelques minutes à plus d’une heure.

Le somnambulisme

Si le somnambulisme peut débuter dès que l’enfant est capable de marcher, il est plus fréquent chez les 6-12 ans. Il s’agit d’une manifestation très banale – 15 à 40% des enfants de 1 à 15 ans ont fait au moins un accès de somnambulisme – qui touche aussi bien les garçons que les filles, mais les accès répétés sont beaucoup plus rares (1 à 6% des enfants sont réellement somnambules, faisant plusieurs accès par mois). L’enfant a les yeux grands ouverts. Le visage est inexpressif, sa démarche est lente. Le somnambule réalise des actes relativement élaborés (éviter des meubles, descendre des escaliers) mais il peut également se blesser, en particulier dans une maison qu’il ne connaît pas. L’enfant est généralement docile si on n’essaye pas de le réveiller. Ces épisodes durent habituellement moins de dix minutes.

Il existe une forme plus agitée de somnambulisme, beaucoup plus rare, qui survient essentiellement chez l’adolescent. Au cours de cet accès un peu particulier, la démarche est anxieuse. L’adolescent est agité et parle davantage et de façon incohérente. Lorsqu’on le touche, il se recroqueville. Les stimulations augmentent son état d’agitation et il peut avoir des réactions violentes. Le risque de blessure est plus élevé.

Quels sont les facteurs communs à ces trois parasomnies ?

Le plus souvent ces symptômes surviennent par périodes ; par exemple, tous les soirs pendant 15 jours ou 3 semaines, puis plus rien pendant un mois.
Dans 60 à 80% des cas, la parasomnie est héréditaire (antécédents chez le père ou la mère). Elle survient au cours de la première partie de la nuit, 1 à 3 heures après l’endormissement. L’enfant ne se souvient pas de cet épisode le lendemain matin. Le réveiller est particulièrement difficile (du fait du sommeil lent profond). Il refusera le plus souvent les consolations. Le contenir ou le réveiller peut entraîner un réflexe d’échappement, l’enfant peut sortir de son lit, se mettre à courir ou être violent.

Toutes les parasomnies sont causées par un certain nombre de facteurs communs :

  • stress, anxiété, fièvre, activité musculaire intense trop tardive ;
  • distension de la vessie (boisson trop abondante le soir) ;
  • privation ou rythme irrégulier de sommeil.

Certaines maladies du sommeil se combinent parfois avec des parasomnies. Ceci arrive dans les cas où terreurs nocturnes ou somnambulisme sont anormalement fréquents. Le médecin recherchera  :

  • un syndrome obstructif (baisse du débit d’air à l’intérieur des poumons) ;
  • un syndrome de mouvements périodiques des membres ;
  • une hypersomnie.

Terreurs nocturnes ou cauchemars ?

La terreur nocturne et l’éveil confusionnel sont très souvent confondus avec le cauchemar. Celui-ci apparaît en seconde partie de nuit, au cours d’une période de sommeil paradoxal, alors que les terreurs nocturnes apparaissent en première partie de nuit au cours du sommeil lent profond. L’enfant qui vient de faire un cauchemar est parfaitement réveillé, il pourra raconter son rêve, il s’en souviendra le lendemain matin.

Différences entre terreurs nocturnes et cauchemars

Terreurs nocturnes

Cauchemars

 Horaire

1ère partie de la nuit

2e partie de la nuit

 Symptômes

Hurle, signes de peur intense

Appels, peur moins intense

 Contenu mental

Pauvre

Elaboré

 Amnésie

Oui

Non

 Capacité à répondre

Difficile

Facile

 Etat de conscience

Confus

Normal

 Ré-endormissement

Facile

Difficile

A quel moment faut-il s’inquiéter ?

Dans l’immense majorité des cas ces symptômes sont caractéristiques d’une phase évolutive de l’enfant et ne nécessitent pas d’inquiétude particulière. Par mesure de précautions, il vaut mieux s’assurer que la chambre ne comporte pas de danger. En effet, même si cela est rare, l’enfant peut se lever, ouvrir des portes, des fenêtres, descendre des escaliers, sortir de chez lui. La prévention d’éventuels accidents, en particulier de défenestration, est donc primordiale. Les risques croissent si :

  • les épisodes sont très fréquents (supérieurs à un par semaine) ;
  • il existe des antécédents familiaux importants ;
  • la durée des épisodes excède dix minutes ;
  • l’enfant présente un réflexe d’échappement.

Terreurs nocturnes ou hallucinations hypnagogiques ?

Plus rarement, les terreurs nocturnes peuvent parfois être confondues avec des hallucinations dites « hypnagogiques ». Ces dernières surviennent à l’endormissement dans un demi-sommeil, au moment où l’enfant se contrôle moins bien. Leurs manifestations sont variées. Elles peuvent être :

  • physiques : avec des sursauts ou une impression de tomber, d’avoir un bras trop long ;
  • visuelles : l’enfant croit voir un monstre ou un loup derrière le rideau ;
  • auditives : les bruits de la maison ne sont plus familiers, la machine à laver grogne ;
  • tactiles : l’enfant a l’impression que des bestioles envahissent son lit.

Ces hallucinations apparaissent souvent vers 2 ou 3 ans. Elles sont amplifiées par la peur du noir, une anxiété trop importante et peuvent expliquer certaines oppositions au coucher.

Ce n’est pas de l’épilepsie

Beaucoup plus rarement, on pourrait confondre les terreurs nocturnes et les éveils confusionnels avec une crise d’épilepsie. Cependant, cette dernière présente des particularités :

  • il n’y a pas de période calme ;
  • les accès très courts (moins d’une minute) ;
  • les crises sont répétées au cours d’une même nuit ;
  • les crises peuvent avoir lieu tant en seconde partie de nuit que durant la journée ;
  • elles sont identiques d’un accès à l’autre ;
  • les mouvements sont brusques et anormaux, souvent stéréotypés (se déroulant toujours selon le même schéma).

Le rôle du médecin

La prise en charge dépend de l’âge de l’enfant, de l’importance et de la fréquence des parasomnies. Dans les formes simples (troubles apparaissant épisodiquement) et si l’enfant a moins de 12 ans, le médecin a pour rôle de rassurer l’enfant et ses parents et d’informer sur les mécanismes du trouble. En revanche, chez les jeunes enfants ou dans le cas d’un adolescent, il envisagera une prise en charge psychologique. En effet, dans ces deux situations, la grande fréquence des parasomnies et leur persistance à un âge tardif témoignent souvent d’un stress important.

Que peuvent faire les parents ?

Il ne faut pas tenter de réveiller la personne et intervenir le moins possible en restant neutre. Si les déambulations sont importantes, il convient de mettre en place l’ensemble des mesures destinées à protéger la personne contre toute possibilité de blessures (éviter les lits en hauteur, les coins de meubles agressifs en métal, fermer les fenêtres par des verrous haut placés, rideaux épais aux fenêtres, protection des escaliers par des barrières). Les parents de jeunes enfants ayant des accès de somnambulisme peuvent essayer de modifier les horaires de sommeil et éventuellement restaurer une sieste.

Les médicaments

Ils ne sont prescrits que dans les cas où les parasomnies perturbent le cercle familial, ou si les déambulations sont prolongées et/ou dangereuses. Les tranquillisants et les anxiolytiques sont souvent efficaces. Plusieurs cas particulièrement graves (hypersomnie, épilepsie, parasomnies pouvant devenir très fréquentes, violentes ou entraîner d’importantes perturbations au sein du cercle familial) peuvent pousser le médecin à procéder, durant le sommeil du patient, à un examen d’analyse des variables physiologiques importantes (électroencéphalogramme, rythmes respiratoire et cardiaque…).

Les autres parasomnies

Somniloquie

La somniloquie est le fait de parler pendant le sommeil. C’est très fréquent chez l’enfant. Ces paroles sont probablement le reflet de l’activité mentale. Les épisodes de somniloquie peuvent survenir en sommeil lent et en sommeil paradoxal. Le discours est souvent confus au cours du sommeil lent alors qu’il est cohérent et même compréhensible lorsqu’il survient en sommeil paradoxal. Ce décalage est dû au fait que les paroles sont directement liées à un rêve durant le sommeil paradoxal.

Paralysie du sommeil

Elle se produit quand l’atonie due au sommeil paradoxal (abolition du tonus musculaire) persiste au moment d’un éveil. Ces paralysies s’accompagnent d’une angoisse importante. Elles surviennent quelquefois chez des sujets tout à fait normaux, et plus fréquemment dans des cas familiaux spécifiques, en dehors de celui de la narcolepsie.

Bruxisme

Le bruxisme est le fait de grincer des dents pendant le sommeil. Les mouvements de friction peuvent, à la longue, entraîner des problèmes orthodontiques.

Classement des parasomnies

Sommeil lent profond

Sommeil paradoxal

Autres parasomnies

Terreur nocturne

Cauchemar

Hallucination hypnagogique

Éveil confusionnel

Paralysie du sommeil

Enurésie

Somnambulisme

Trouble du comportement

Rythmie

Myoclonie

Crampe

Bruxisme

Le pipi au lit ou énurésie

Quand parle-t-on d’énurésie ?

Elle correspond à une émission involontaire d’urine, survenant pendant la nuit, qui apparaît (à un âge ou la propreté est habituellement acquise) ou persiste (l’enfant n’a jamais été propre). L’incontinence nocturne disparaît généralement entre 18 mois et 3 ans, mais elle peut durer, sans que cela soit anormal, jusqu’à un âge beaucoup plus tardif. On ne pourra donc pas parler d’énurésie avant l’âge de 5 ou 6 ans.

Les différents types d’énurésies

Il y a deux familles d’énurésies. On parle d’énurésie primaire si la propreté n’a jamais été acquise, et d’énurésie secondaire si celle-ci est apparue après une période de propreté nocturne de plus de 6 mois. Les énurésies peuvent être :

  • mono-symptomatique, c’est-à-dire isolée et nocturne (plus fréquente chez les garçons) ;
  • due à une immaturité vésicale, associée à des pertes involontaires d’urine dans la journée (plus fréquente chez les filles).

L’énurésie est une affection assez fréquente. L’hérédité joue un rôle déterminant. En effet, si 12 à 15% des enfants sont énurétiques, ce chiffre passe à 45% lorsqu’un des parents l’a été, et même à 75% si les deux parents ont souffert de ce trouble. Dans 6% des cas, il touche des garçons. Les épisodes énurétiques peuvent survenir à tous les stades de sommeil, mais ils sont un peu plus fréquents au cours du sommeil lent profond, en première partie de nuit.

Les causes de l’énurésie

Les origines de l’énurésie ne sont pas encore totalement identifiées. Plusieurs facteurs sont vraisemblablement en cause :

  • un retard de maturation des capacités d’éveil lorsque la vessie est pleine ;
  • une diminution de la capacité de la vessie, en relation avec les contractions vésicales au cours de la nuit ;
  • un excédent d’urine lié à une diminution de la sécrétion nocturne de l’hormone antidiurétique ;
  • dans moins de 10% des cas, les causes sont de nature psychopathologiques. Elles accompagnent surtout les énurésies secondaires. Mais le plus souvent, elle est un symptôme complètement isolé chez un enfant gai, tonique, dans une famille équilibrée et rassurante. S’il arrive que l’enfant soit plus anxieux, plus solitaire et moins communicatif qu’un autre, c’est, dans la plupart des cas, davantage la conséquence de l’énurésie et des jugements négatifs qu’elle entraîne, plutôt que sa cause.

Que peuvent faire les parents si un enfant n’est pas propre à 5-6 ans ?

Ils peuvent commencer par régulariser les heures de lever et de coucher, éviter les privations de sommeil et enfin demander à l’enfant de passer aux toilettes avant de se coucher. Il convient de le rassurer en lui expliquant que ce n’est pas grave, que probablement plusieurs de ses petits copains de classe font aussi pipi au lit. Mais il est important de ne pas banaliser le problème et de responsabiliser l’enfant en lui demandant, par exemple, de mettre ses draps et ses vêtements sales à laver ou d’aider à refaire son lit avec des draps propres.

Les parents peuvent ensuite l’aider à remplir un « calendrier mictionnel » adapté à son âge où seront notées les nuits sèches ou humides (représentées par un soleil et une pluie, ou par des gommettes de différentes couleurs). Plusieurs nuits sèches pourront être récompensées.

Tous ces petits moyens sont nécessaires et souvent suffisants, ils permettent à l’enfant de prendre conscience du problème et de s’impliquer dans sa prise en charge. Ils aboutissent à une solution dans 25% des cas. Si au bout de trois mois, l’énurésie persiste, il est important de consulter votre médecin.

Quel est le rôle du médecin ?

Il éliminera une éventuelle cause organique par un examen neurologique et génito-urinaire, associé à un examen des urines, voire par une exploration urologique. Ces causes médicales sont rares. Elles sont envisageables en cas d’énurésie secondaire ou d’énurésie par immaturité vésicale. Il peut s’agir d’une infection urinaire, d’une malformation, beaucoup plus rarement d’une épilepsie nocturne, d’un syndrome d’apnées du sommeil, de médications somnifères, d’une allergie, d’un diabète…

Le médecin prendra en charge l’enfant et tiendra un calendrier mictionnel assidu. En collaboration avec un kinésithérapeute, il pourra mettre en place des séances de rééducation permettant à l’enfant de prendre conscience du rôle de ses sphincters. La réussite de cette démarche dépendra de la qualité des relations tissées entre le médecin et l’enfant, mais également de la motivation et de la coopération active de l’enfant, qui ne peut être espérée avant l’âge de 8 ou 9 ans. Cette prise en charge pourra aboutir à une psychothérapie plus spécifique, en particulier chez l’adolescent.

Si l’enfant est motivé, le médecin pourra prescrire l’utilisation d’un système d’alarme. Cette méthode est efficace puisqu’il existe un succès thérapeutique d’environ 80% dans un délai de 10 à 20 semaines, si les conditions d’utilisation sont bien comprises et correctement suivies par l’enfant. Les traitements médicamenteux ne se justifient chez le préadolescent qu’après l’échec des autres méthodes, ou quand le retentissement psychologique de l’énurésie est important.

Mouvements anormaux liés au sommeil

Les rythmies du sommeil

Mathieu est un petit garçon de 4 ans en parfaite santé. Pourtant, son comportement de sommeil inquiète beaucoup ses parents. En effet, à peine mis dans son lit, Mathieu se met à quatre pattes, se balance violemment d’avant en arrière et se cogne la tête contre le montant de son lit. Un chantonnement accompagne ses mouvements. Ils réapparaissent parfois dans la nuit.

Si cette scène semble être tirée d’un film d’horreur, il ne s’agit en réalité que d’un jactatio capitis nocturna, la plus impressionnante des rythmies. Dans ce cas, l’enfant passe simplement trop de temps dans son lit par rapport à ses besoins de sommeil, il suffit alors de retarder son heure de coucher pour qu’elles disparaissent.

Qu’est-ce qu’une rythmie ?

Les rythmies sont des mouvements de balancement de la tête et du corps, survenant au moment de l’endormissement. Parfois violentes, elles peuvent provoquer le déplacement du lit et s’accompagner de vocalisations. Très fréquentes dans les premiers mois de vie (60% des nourrissons de 9 mois se balancent dans leur lit en chantonnant), elles peuvent parfois durer plus longtemps (8% des enfants de 4 ans ont encore des rythmies). Ce trouble régresse en général assez rapidement (quelques mois, voire quelques années). Un trouble émotionnel est dans la plupart des cas à l’origine des rythmies persistant jusqu’à l’adolescence.

Que peuvent faire les parents ?

Chez le jeune enfant, il n’est pas utile de s’inquiéter puisqu’il s’agit d’un trouble tout à fait bénin. Si les mouvements sont violents, il faudra rembourrer le pourtour du lit et éviter que celui-ci ne se déplace ou fasse du bruit. Faire en sorte que l’enfant ne passe pas trop de temps dans son lit sans dormir. S’il se balance, par exemple pendant une demi-heure avant de s’endormir, il sera préférable de le coucher une demi-heure plus tard.Les traitements médicaux sont à envisager seulement à un stade où la rythmie devient source d’embarras pour les enfants plus âgés, au point qu’ils refusent de dormir en présence de leurs copains. Dans ce cas, comme dans celui des terreurs nocturnes et du somnambulisme, les anxiolytiques sont parfois efficaces.

Sursauts et myoclonies du sommeil

Les sursauts surviennent au moment de l’endormissement. Ils correspondent à une secousse involontaire et brutale du corps et peuvent réveiller l’enfant ou l’empêcher de s’endormir. Ils peuvent être associés à des hallucinations visuelles, auditives ou corporelles qui sont autant de sources d’inquiétudes pour l’enfant et peuvent expliquer une opposition au coucher et une peur du noir. Les myoclonies sont des secousses musculaires plus brèves, plus localisées qui surviennent en plein sommeil.

Le syndrome des jambes sans repos

Le syndrome des jambes sans repos touche aussi  les enfants.
Généralement, les symptômes sont les même que pour les adultes : inconfort aux jambes (« bulles pétillantes le long des jambes ») et difficultés à s’endormir ou à rester endormi car il faut bouger les jambes pour que les sensations désagréables disparaissent. Parfois, ces symptômes sont pris pour des douleurs de croissance.

Le déficit d’attention (TDHA) semble plus fréquemment observé chez ces enfants. C’est pourquoi il est important de vérifier quantité et qualité du sommeil devant une suspicion de TDHA

Le traitement associe des règles d’hygiène de sommeil ; une restriction des stimulants (café, thé, boissons aux colas…) ; l’utilisation de suppléments en fer chez les enfants souffrant de réserves basses, mesurées par le dosage de la  ferritine, via une analyse sanguine.

Ronflements et apnées

Chez le jeune enfant, le ronflement est très fréquent. 10% des enfants ronflent mais seuls 2 à 4% font de l’apnée du sommeil. Dans la majorité des cas, les ronflements sont anodins.

Définition

Lors de la respiration, l’air, avant d’arriver aux poumons, passe par le nez, le pharynx, le larynx et la trachée ; un obstacle au niveau de l’une ou l’autre de ces voies aériennes supérieures va entraîner une vibration de la colonne d’air et produire un bruit. C’est le ronflement. Chez l’enfant, les obstacles les plus fréquents se situent soit au niveau du nez, en raison d’une inflammation (rhinite), soit au niveau du pharynx en raison de grosses amygdales et/ou du développement excessif des végétations.

En cas d’apnées, le bruit du ronflement s’accompagne d’un arrêt de la respiration, et souvent d’une reprise respiratoire irrégulière et bruyante.

Du ronflement aux apnées

Chez la plupart des enfants, le ronflement est sans conséquence.

Un enfant atteint d’un ronflement dit « simple », ronfle mais son sommeil est calme. Il est dans la journée bien éveillé, calme, et ne présente aucun trouble du comportement. L’enfant est attentif et il est capable de se concentrer sur son travail scolaire. Mais chez certains enfants, le ronflement peut s’accompagner d’une augmentation des efforts respiratoires et de perturbations du sommeil. Il y a alors un syndrome d’apnées du sommeil qui doit être exploré sur le plan médical, et traité si besoin.

Les conséquences du syndrome d’apnées ne sont pas anodines :
– retard de croissance ;
– conséquences métaboliques (prise de poids, diabète) ;
– troubles du comportement, symptômes d’hyperactivité ;
– troubles de la concentration avec impact sur les apprentissages scolaires ;
– facteur de risque cardiovasculaire à long terme, notamment l’hypertension artérielle de l’enfant (très rare dans cette tranche d’âge).
Pas de panique cependant ! Lorsque que l’on dort, s’arrêter de respirer pendant quelques secondes est normal. Faire une petite vidéo de votre enfant dans son sommeil, peut aider ce dernier à évaluer les symptômes.

Les différents types d’apnées

Il existe deux types d’apnées: les apnées centrales (la commande de la respiration par le cerveau fonctionne mal), plus fréquentes chez le nouveau-né, et les apnées obstructives (il y a un obstacle qui gêne au passage de l’air), plus fréquentes chez l’enfant.

Les enfants souffrant d’un syndrome d’apnées obstructives n’oublient pas de respirer. Ils font, au contraire, d’intenses efforts pour respirer, pour faire passer l’air dans des voies aériennes supérieures partiellement obstruées. L’air passe avec difficulté et parfois pas du tout. Chez ces enfants, le ronflement est interrompu par des arrêts respiratoires de plusieurs secondes ; la reprise de la respiration s’accompagne d’un ronflement plus intense, puis le ronflement reprend son rythme.

Ce syndrome touche 1 à 3% des enfants d’âge préscolaire. La fréquence du syndrome d’apnées obstructives du sommeil diminue après l’âge de 6 ans avec la diminution de volume des amygdales et des végétations et l’augmentation de calibre des voies aériennes supérieures avec la croissance.
Le syndrome d’apnées du sommeil est plus fréquent dans certaines populations d’enfants :
• quand un parent est atteint d’un syndrome d’apnée du sommeil ;
• en cas d’obésité ;
• quand les parents fument (le risque est multiplié par deux) ;
• en cas d’infections respiratoires à répétitions ou dans certaines maladies génétiques comme la trisomie 21 par exemple.

Les symptômes

En cas de syndrome d’apnées, le sommeil  de l’enfant est agité. Son ronflement est irrégulier interrompu par des arrêts de la respiration. Il transpire beaucoup pendant son sommeil. Il dort souvent le cou en hyperextension, la bouche ouverte. Il transpire beaucoup. Dans la journée, l’enfant est somnolent ou, à l’inverse, hyperactif. Il est irritable. Il a des difficultés à se concentrer à l’école. Ses résultats scolaires peuvent être décevants. Les enfants porteurs d’un syndrome d’apnées du sommeil respirent fréquemment la bouche ouverte, y compris dans la journée. Ils ont souvent une voix nasillarde ou enrouée du fait de l’obstruction provoquée par l’hypertrophie des végétations ou des amygdales.

Si le syndrome d’apnées du sommeil est sévère, il peut entraîner un retard de poids, plus rarement de taille. Mais à l’opposé, un enfant obèse est plus à risque de faire un syndrome d’apnées du sommeil et s’il n’est pas traité, cela favorisera la prise de poids.
Le diagnostic précis est fait par un examen du sommeil, idéalement une polysomnographie, qui étudie la qualité de la respiration pendant le sommeil.

Le traitement

Le traitement associe, suivant les cas, des mesures d’hygiène de vie, un bilan ORL, un bilan allergologique, un avis orthodontique et une rééducation par un kinésithérapeute spécialisé en maxillo-faciale. Il doit y avoir un suivi régulier, jusqu’à amélioration du sommeil.
Si l’enfant est obèse, un suivi des apports alimentaires et la mise en place d’activités physiques adaptées (choisies avec lui) sont essentiels.
Si l’enfant est allergique et s’il présente par exemple une rhinite, un bilan allergologique en vue d’une désensibilisation ou d’un traitement adapté, sera nécessaire.
Pour tous, une consultation ORL s’impose. En effet, chez l’enfant dans 3/4 des cas, l’hypertrophie des amygdales et des végétations est la seule cause du syndrome d’apnées du sommeil. Attention, l’examen de la cavité buccale ne suffit pas à faire le diagnostic, une naso-fibroscopie est indispensable pour voir les amygdales internes. L’ablation des amygdales et des végétations fait disparaître tous les symptômes dans 80% des cas. La disparition du ronflement est particulièrement spectaculaire. Mais, chez un petit nombre d’enfants, les symptômes peuvent réapparaître plusieurs années plus tard.
Chez les enfants pour qui le ronflement et les symptômes persistent après l’intervention, un enregistrement de sommeil est indispensable.

Certaines anomalies maxillo-faciales doivent être dépistées précocement par les orthodontistes pour être traitées efficacement et permettre l’amélioration de la respiration nocturne. Ces anomalies doivent être suspectées devant un visage allongé, un menton en retrait, un palais ogival (vertical !) et des fosses nasales étroites, une position anormalement basse de la langue, une respiration buccale exclusive ou privilégiée et des anomalies de l’articulé dentaire plus ou moins évidentes, pour les non spécialistes. Les thérapeutiques orthopédiques de disjonction maxillaire rapide et les dispositifs fonctionnels de type activateurs pourront corriger le syndrome d’apnées des enfants concernés, en complément de l’adénoïdectomie-amygdalectomie. Il convient donc de toujours prendre l’avis d’un orthodontiste lorsqu’un syndrome d’apnées du sommeil a été diagnostiqué chez un enfant ou un adolescent.
Pour les enfants dont le syndrome obstructif persiste après chirurgie ORL et/ou après les soins orthodontiques adaptés ou quand ceux-ci sont longs à réaliser, un traitement complémentaire temporaire par ventilation avec une machine qui envoie de l’air sous pression et un masque nasal (on parle de CPAP ou de machine de ventilation à pression positive, comme chez les adultes) pendant la nuit, peut être proposé.

Questionnaire de sévérité apnéique de l’enfant

L’équipe du laboratoire de sommeil de Saint Antoine a validé un questionnaire de dépistage du syndrome d’apnées chez l’enfant de 3 à 12 ans  .  Si vous avez des doutes, vous pouvez  remplir le questionnaire en cliquant sur l’image ci-dessous :

La narcolepsie

La narcolepsie est une anomalie de la vigilance. Elle est caractérisée principalement par la survenue d’épisodes de sommeil brutaux et inattendus parfois associés à des  cataplexies (épisodes de chute brutale du tonus musculaire pouvant entraîner le fait de lâcher involontairement un objet ou une perte d’équilibre). Elle est rare chez les enfants et débute généralement au cours de l’adolescence (voir la description complète)

Pour toute question sur le sommeil de l’enfant, le Réseau Morphée met à votre disposition un forum Internet anonyme et gratuit sur lequel des spécialistes du sommeil répondent à vos questions.

Contenus complémentaires